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Babylone Square Garden Une Belle Journée Jo Bar Des Fleurs Réveillon Marie-Jo Les Exclus Un Jour De Décembre

 

BABYLONE SQUARE GARDEN


Y'a un p'tit coin de paradis
Au coeur de la ville aux murs gris
Loin des boul'vards du macadam
Loin du big bazar de Paname
C'est pas grand'chos' mais dans l'béton
Ca a que'qu'chose d'un horizon
Ca met au vert les idées noires
La banlieue rouge qu'est morte un soir
Sous les buildings sous les cités
Englouties d'un peuple entassé
La tête entre ses quatre murs
Qui valent plus d'or que d'azur

REFRAIN :
C'est p'têt' pas le jardin d'Eden
Et c'est tant pis et c'est tant mieux
C'est le Babylone Square Garden
La barbe à papa du bon Dieu
C'est pas le paradis perdu
Il est perdu plus rien à faire
Que de pouvoir poser son cul
Sur un petit coin de ciel vert

Y'a un p'tit coin de paradis
Au coeur de la ville aux murs gris
Moins d'fleurs qu'au monument aux morts
Mais y'a des enfants plein le port
Qu'ont des voil' de toutes les couleurs
Et les oiseaux font les passeurs
Sur les bâteaux du bac à sable
Sur les grand's eaux des terr's arables
Ca crie ça chant' ça lance au ciel
La pierre blanche des marelles
Ca prend les feuilles des platanes
Pour les ail' d'un aéroplane

REFRAIN

Y'a un p'tit coin de paradis
Au coeur de la ville aux murs gris
Avec un jardinier facteur
Qu'a des cart' postal' plein l'chou-fleur
De partout viennent les enfants
Ecrire un bout de leurs dix ans
S'frotter la peau sous les tilleuls
Trouver les mots d'leurs coups de gueule
Tenter d'éviter l'asphyxie
La solitude et puis l'ennui
Les cag' d'escalier où la mort
Fait à l'amour un triste sort

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UNE BELLE JOURNEE


Il y a dans l'air comme un air
Une phrase de muguet
Et des milliers d'hommes-oiseaux
Il y a dans les rues un parterre
De Renoir et de Monet
Un champ de coquelicots
Du rêve en chœur en couleur
Et des milliers de baisers
Vont comme un jardin en fleur
Le poing levé

C'est un million d'âmes madame
Qui viennent de s'échapper
C'est le printemps qui déborde
C'est le vague à l'âme madame
Qui ne peut s'apprivoiser
En tirant sur une corde
Y'a du soleil dans les ruelles
Comme un rien de Vivaldi
Les âmes ont volé des ailes
Au Paradis

C'est votre perruque, monsieur l'duc,
Que je viens de voir passer
Dans les bras d'un porte-voix
Il y a comme un truc, monsieur l'duc,
C'est la nation assemblée
Sans le sou sans mascara
Y'a des sans culottes
Des sans logis sans filet sans papiers
C'est une forêt d'apôtres
crucifiés

Dans les rues la foule s'écoule
Comme un océan versé
Sur la peau d'un arc-en-ciel
C'est l'espoir qui roule ses tambours
Et son arche de Noé
Sous les roues des hirondelles
Ca sent la frite
Le pain le rouge et la valse musette
C'est tout le peuple en musique
La mort en tête

C'est la vie debout qui s'en fout
Des Dieux des Champs-Élysées
C'est la vie comme en un sang
Un sang qui se noue et qui bout
Sur le marbre qu'il va brûler
Pour qu'on sache qu'il est vivant
C'est la terre qui tremble
Et qui semble s'ouvrir à tous ceux d'en bas
Pour un juillet en décembre
Et merde aux lois

C'est une belle journée
Le peuple est en voie viv'le vent viv'le vent
C'est un'belle journée
Le peuple est en voie vive la liberté

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...JO...


Jo avait planté son drapeau
Au milieu du ch'min communal
Il était fier comme un Zorro
Plein comme une couille papale
C'était un missel de bons mots
Sur l'unité nationale
Du sang, de la chique et du mo
Lard c'est un' question de coal

Et scions, scions, scions du bois
A la mode, à la mode
Scions, scions, scions du bois
Dieu pour tous et chacun chez soi

Jo s'était fait greffer un ro
Binet pour ne pas manquer d'i
Dées qu'il coulait il rêvait d'o
Range aux couleurs du parti
Il avait ach'té dix kilo-
Mêtres flambant de képi gris
De bel' bottes de moto
Un casque à pointe et des muni

Tions, scions, scions du bois ...

Jo s'était lavé le cerveau
Dans l'bac à sable du parti
Des colporteurs de gris en gros
Des trafiquants de mise en pli
D'puis l'avait la boule à zéro
Le bulbe à l'huile d'arachi
De rien de plus qu'il n'en faut
Pour ne pas manquer d'appétit

Tions, scions, scions du bois...

Jo tirait sur tous les salauds
Qu'ont pas un pet de plomb dans l'aile
Il chiait gris par souci du po
Litiquement polichinelle
Il mit tel'ment de plomb dans l'eau
De-là qu'il est mort à la selle
A cheval sur ses idéaux
A cheval sur la tour Eiffel

Ah! Scions, scions, scions du bois...

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AU BAR DES FLEURS


Au bar des fleurs
Y'a mon cœur
Des papillons de nuit
Encore pleins des néons
Des lumières de la ville
Et du bruit des klaxons
Qui reviennent à la vie
Tout chargés de couleurs
De rêves à la folie
De fusées de douceurs
De p'tits matins qui chantent
De chemins sans retour
Qui sentent fort l'amour
Et l' tabac de Hollande

Au bar des fleurs
Y'a mon cœur
Des réveils difficiles
Des soleils sous la pluie
Des parapluies liquides
Des baleines qui sourient
De toutes leurs dents jaunes
Baignant dans le café
De toutes leurs dents pauvres
Dans du papier froissé
Qui sourient sur la grève
Dans le blanc des soucoupes
Attendant comme un scoop
Qu'un nouveau jour se lève

Au bar des fleurs
Y'a mon cœur
une odeur de pain frais
De sueur qui se consume
Une odeur de pavé
De marteau et d'enclume
De vies que l'on pousse
De vies que l'on rend
De rots après la mousse
De pisse au petit blanc
Et dans le bruit des verres
Des chansons à la mode
Le patron accommode
Le printemps et l’hiver


Au bar des fleurs
Ya mon cœur
La terre dans un carré
Du vent des feuilles mortes
Qui tournent sans s'arrêter
Jusqu'à c'que les emportent
Une bulle de kro
Les sabots d'un calva
Un boulet de sang chaud
Le feu dans la pampa
Alors qu'un ange passe
Aussitôt on l'encule
Et gueule comme une mule
Et vole avec les tasses

Au bar des fleurs
Y'a mon cœur
Des regards en-dessous
Des yeux polaroïds
Des baisers dans le cou
Et des lèvres humides
Des regards qui se croisent
Et des yeux qui se baissent
Des jambes qui décroisent
Le bouton d'une veste
Des petits mots d'amour
Et des cornes de brume
Des hommages à la lune
Avec des roses autour

Au bar des fleurs
Y'a mon cœur
Cette fille un peu triste
Tous les soirs à sept heures
Qui boit un blanc-cassis
Avec un jambon beurre
Ce soir elle n'est pas là
Et je me sens perdu
C'est fou c'qu'elle me fait mal
De n'pas être venue
Et moi je suis un con
De n'avoir jamais
Su comme je l'aimais
Son sandwich au jambon

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REVEILLON


Un soir de mis en bière
De notr'foutu vieux monde
On a levé nos verres
Et crié à la ronde
Réveil réveillons-nous
Demain tout va changer
La merde jusqu'au cou
On en f'ra qu'un' bouchée

On a refait le monde
A grand éclat de vin
On a posé des bombes
On a rompu le pain
La nuit était claire
On trinquait aux étoiles
A la lune à la terre
Et aux bateaux à voile

C'était du bon boulot
Ca brillait comme un phare
C'tait tout propre et tout beau
Et droit comme un braq'mart
Ca sentait bon la sueur
La fraise et puis l'humus
C'avait que'qu'chose du beurre
Et d'la fleur de crocus

On a lavé le monde
A grands coups de javel
On a rangé les tombes
Dans le lave-vaisselle
Et pour parfaire le tout
Pour que ça tourne rond
On a soigné les clous
Les vis et les boulons

Chose extraordinaire
Tout s'est mis à chanter
L'tabac des p'tits hom' verts
La prun' de la mémé
L'pétrin d'la boulangère
Et la bonn' du curé
L' champignon nucléaire
Et la vache enragée

Tout s'est mis à chanter
De toutes les couleurs
Vive l'humanité
On est tous frère et sœur
C'était beau c'était grand
On en avait le cœur
Tout plein de firmaments
fourrés à la liqueur

On s'est couché émus
Presque la larme à l’œil
Le monde bien repu
Le cul dans son fauteuil
On a dormi sans soif
Et de tout notre saoul
Fiers com' des épitaphes
Com' des rois du mazout

Plus dur fut le réveil
Un beau matin d'janvier
Pas un pet de soleil
Et la tête au carré
Quand on la mit dehors
Mon dieu quelle misère
L'vieux monde y était encore
Y'avait tout à refaire

On s'est d'mandé sur l'coup
Quel espèce d'enfoiré
Avait r'foutu le souk
Et tout dégueulassé
Quel féroce soldat
Quel salaud d'rouge ou vert
Avait mis ses sal'doigts
Sur notre camembert

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MARIE-JO


Viens avec moi, Marie-Josette,
j'suis p't'être pas très, très distingué,
mais j'sais des mots qui montent à la tête
et j'fait les gestes appropriés.
Viens avec moi, Marie-Josette,
viens fair' le tour de mes oublis,
viens fair' le tour de mes oubliettes,
et p't'être bien fair' le tour d'mon lit!

On ira dans des guinguettes,
boire, boire et danser;
après quelques p'tit'z'anisettes,
on sera saouls, saouls mais mariés!

On reprendra la Bastille,
c'est qu'à nous deux, on forme une armée;
un coup d'canon du coté d'chez Mimille,
la révolution, ça nous connaît!

Y'aura des marmots plein not' baraque,
pour qu't'aies pas l'temps de t'ennuyer;
le R.M.I. nous paiera l'bivouac,
les Allocations, l'air conditionné.

Et si un jour, on en a marre,
qu'on n'a plus rien à s'raconter,
on s'jet'ra un dernier coup d' pinard,
et la porcelaine d'la tante Aimée.

Ca s'ra p't'êt' jamais, jamais Byzance:
c'est bien trop cher là-bas d's'aimer;
ce s'ra que'qu'part, que'qu'part en France,
une Habitation à Loyer Modéré.

J'peux pas t'offrir ce que j'ai pas,
mais ce que j'ai, c'est bien plus beau:
j'ai mon p'tit coeur qui bat rien que pour toi,
et mes heures de gloire quand je gagne au loto!

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LES EXCLUS


Les exclus ont le cul pourfendu,
Et leurs mains, leurs putains, sur l'trottoir,
Train' le soc d'une charrue,
Sur le théâtre des boulevards;

Les exclus n'ont dans la vie
Que la nuit et le jour et l'attente d'un printemps,
D'un violon soudain libre à l'envie,
Qui d'un coup d'archet suspendrait le temps;

Les exclus arpentent sur un fil,
Les trames laissées là aux piafs des jardins publics,
Sans savoir pour quel batt'ment de cil,
Ils se laisseront aller à des verbes mécaniques;

Les exclus sont-ils nés d'une rose? sont-ils nés d'un chou?
D'la dernière pluie des carnets d'un quotidien?
Des manipulations en "-ique" de quelque savant fou?
D'une portée sans clé qu'la compagnie d'un chien?

Les exclus ont-ils une âme? ont-ils un dieu?
Sur quelle quantité de pattes vont-ils par le monde?
Ont-ils un nez crochu? combien ont-ils d'yeux?
Quelle langue parlent-ils? ont-ils les dents longues?

Les exclus se croisent sans jamais se parler,
Ou s'ils se parlent, c'est du bout d'leur solitude,
Du bout d'leur vie d'essai, du bout à bout d'leur nez,
Du boulet qu'ils enchaînent au pied d'leur altitude!

Les exclus ont tout à se mettre sur le dos:
La peau, les os, le ciel et ses étoiles,
Des milliards de voix et des milliards de mots,
Des milliards d'exclus qui voudraient mettre les voiles!

Les exclus cherchent un moyen d'éclore,
Et mettent tout leur esprit dans leurs mains noueuses,
Qu'ils pressent comme un fruit pour en soustraire l'or,
Dont ils se bourrent la gueule et dont ils bourrent la gueuse

Les exclus se battent des mules aux pieds,
Contre des moulins et du vent et des moulins à vent,
Pour entret'nir l'illusion d'n'avoir pas rêver,
Pour faire couler l'encre et circuler le sang

Les exclus cherchent une cocarde, une bannière,
Avec trente-six chandelles et des étoiles à s'en crever les yeux,
Des frères de sang, des frères de terre,
De cette pâte généreuse qui mette la main au feu;

Les exclus ont le coeur si lourd et le corps si serré,
Que rire leur est une périlleuse gymnastique:
Ils vendraient père et mère pour une place aux Champs-Élysées,
Une tête de carton-pâte dans un kiosque à musique.

Les exclus dressent des procès verbaux,
Au bruit, au silence, au beau temps et à la pluie,
A des boucs émissaires et à toutes sortes d'animaux,
A eux-mêmes, pour mourir de peur plutôt que d'ennui;

Les exclus, d'où sont-ils exclus?
De quelle mer? De quel labour? de quelle fontaine?
De quelle terre leur sang a-t-il un jour pu,
Naître moins bleu, ou sans cœur, ou sans veine?

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UN JOUR DE DECEMBRE


Un jour de décembre
Un jour de vent froid
Je t’ai vue descendre
L’allée des Lilas

J’regardais d’ma chambre
Les gens presser l’pas
Quand j’me suis fait prendre
Au fil de tes bas

Tu as l’air si tendre
Dans ce vent si froid
Cachée sous la cendre
D’un châle angora

J’avais tant besoin d’amour
J’avais tant besoin de toi
J’attendais la nuit le jour
Que tu m’emmène au-delà

Je t’ai vue descendre
Tu n’me voyais pas
Mon cœur encor tremble
D’l’écho de tes pas

C’est comme une danse
Dans ces dans ces bas
La belle élégance
Chacun de tes pas

Tu as l’air d’un ange
Les gens n’te voit pas
Dans le cœur orange
De ce matin-là

Un jour de décembre
Un jour de vent froid
J’ai vu dans ma chambre
Fleurir des Lilas

J’avais tant besoin d’amour
J’avais tant besoin de toi
J’attendais la nuit le jour
Que tu m’emmène au-delà

Le temps de descendre
Dans la rue en bas
Je n’trouvai qu’les cendres
Du châle angora


textes : Vincent Pérez
tous droits réservés

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